Togo  Quelles réformes pour le respect des droits de l’homme

Le scénario post-électoral au Togo présage des lendemains difficiles. Depuis l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier Président togolais démocratiquement élu, cet événement tragique dans l’histoire du continent noir, le monde entier espérait qu’une nouvelle page s’ouvre pour le Togo. Mais plus de 50 ans après, les élections législatives du 25 juillet 2013 ont démontré que les choses ont évolué à peine. Le résultat de ces scrutins a porté un coup dur à l’opinion publique, propulsant ainsi les tensions sociopolitiques à un niveau plus élevé.

Violation des droits de l’homme

Faut-il le rappeler, le 05 février 2005, Gnassingbé Faure a succédé à son père de façon monarchique avec pour conséquence: un bain de sang sans précédent. Dans l’esprit d’un nouveau départ, et de prévenir ou d’éviter à l’avenir la recrudescence de ces mécontentements, il avait été conclu l’APG (Accord Politique Global). Aujourd’hui, on a l’impression que ce pacte d’apaisement n’a servi qu’à légitimer Gnassingbé Faure parce que les espoirs de réconciliation ont été déçus. Les réformes dont il avait été question, ajournées après les élections législatives de 2013, pour être débattues au Parlement, contrairement à l’esprit de l’APG, n’ont jamais été conclues 8 ans après la signature de cet accord. Le comble, la question qui demeure fondamentale est : «Quel rôle peut jouer ce Parlement dont la majorité des sièges est raflée « frauduleusement » par le parti au pouvoir, dans le processus de réconciliation ?»

En effet, les élections législatives dernières auraient pu revêtir une importance capitale, ou pourraient permettre de sortir le Togo du cycle infernal et permanent Election-Violence-Dialogue. Aussi, les élections auraient-elles pu constituer à la classe politique un baromètre de popularité, afin de clarifier l’environnement politique, si et seulement si, elles avaient été acceptées par tous. Mais les réponses aux différents problèmes liés aux réformes constitutionnelles et institutionnelles envisagées dans les clauses de l’Accord Politique Global de 2006, ont toujours été repoussées à l’après élection de ce Parlement.

Les prescriptions de réformes

Les insuffisances ayant amené à une sorte de victoire douteuse d’une minorité sur la volonté populaire, il y a de fortes chances que toutes les espérances soient jetées à l’eau. Cependant, la majorité parlementaire aura besoin des voix de l’opposition pour matérialiser les réformes institutionnelles et constitutionnelles, parce que l’UNIR (Union pour la République), parti de la mouvance présidentielle, ne dispose pas des 4/5ème des sièges, c’est-à-dire 72 voix. Or, il ne peut exécuter toute seule les réformes. Ainsi donc, un blocage permanent, et Gnassingbé Faure continue de jouer avec cette même constitution, source de tous les malheurs.

Quelle sera la monnaie d’échange, lorsque les procédures d’accession au pouvoir par les urnes deviendront impossibles ? Il n’est pas exclu que des événements inattendus viennent bouleverser les donnes. Une sorte de démocratie de façade ou de mirage continue de régner. La fermeture de Légende FM, l’une des radios les plus écoutées par le peuple, provoquant la disparition de deux confrères journalistes Rodrigue Lawson et Félix Nahm-Tchougli, dans des conditions non encore élucidées produit un goût amer dans les parois des fidèles auditeurs privés de l’information réelle. Une restriction des libertés occasionnant dans le cœur des Togolais, de terribles ressentiments qui se traduisent par un climat de paix de cimetière.

En effet, les résultats de ces élections législatives, tels que publiés par une Cour Constitutionnelle aux ordres du pouvoir, sont à l’actif de moult manipulations à plusieurs échelles : des publications de listes électorales en dessous des normes et standards, les photos les listes électorales à peine lisibles, les adresses des bureaux de vote non marquées sur les cartes de vote, l’affaiblissement des pôles économiques des populations dont la destruction par incendies prémédités et suspects des marchés publics, un pôle important de l’économie aux mains des familles traditionnellement opposantes.

De même, le code électoral est maintes fois contourné par le pouvoir: lorsqu’il y a interdiction aux politiques de divulguer leur projet sur toute l’étendue du territoire, avant les jours de campagne, le parti au pouvoir accapare les moyens de l’Etat à des fins de propagande électorale…

Les projections de voir le Parlement ouvert à l’opposition, selon sa popularité, afin d’accélérer l’économie, ont été déçus.

Les crises successives engendrées par les élections secouent la stabilité des populations, qui à la recherche ailleurs d’une paix sincère prennent le large. Comment peut-on comprendre ce résultat, dans un pays où tous les torts (tuerie,...) causés aux populations sont à l’actif du régime en place ?

De même, les obstacles faits à la première manifestation de la jeunesse de l’ANC à Agbalépédo, en début d’année, ajouté à la répression sanglante contre la marche du Collectif Sauvons le Togo en date du 26 Avril 2014, à Lomé, pendant que le parti au pouvoir célèbre cet événement national à grandes pompes, ce même jour, démontrent que la réconciliation a du plomb dans l’aile. De la victoire supposée du parti au pouvoir UNIR, on anime la raillerie selon laquelle, au lieu de faire objet de quiétude, le taux de prédation de UNIR, s’élève à près de 62% contre 19% environ de taux des marginalisés. C’est de cette manière que se vivent les résultats issus des élections législatives de 2013.

Une réalité diversement appréciée

La politique au Togo est source de conflits sanglants parce qu’en son nom, les plus forts s’accordent certains privilèges et faveurs qui ne sont pas forcément légitimes.

Un homme politique, par sa position, peut faire main-basse sur les deniers publics, sans être inquiété. La course au pouvoir est très risquée au Togo à cause des champs libres offerts aux dirigeants de voler en toute impunité. Dans des conditions normales, le Parlement devrait pouvoir agir contre cet état de fait, en proposant des lois et de nouvelles dispositions.

Cet entêtement effréné à devenir illégalement riche est la source de permanents litiges entre les acteurs de la classe politique d’un même pays.

Il incombe donc, pour éviter cette situation, de faire en sorte que les organes de surveillance de la démocratie soient bien opérationnels, objectifs et intransigeants. Il s’agit de la Presse Privée, de la Cour des Comptes, des groupes parlementaires capables de dénoncer et de légiférer sur les lacunes qui favorisent les actes délictuels.

Mettre fin à l’impunité

Parfois, les crimes économiques émaillent impunément les règnes des Chefs d’Etat qui, plus grave, parviennent, le plus souvent, à corrompre leur entourage, au sein duquel les élites s’arrogent une place de choix.

Ce cercle vicieux devient prospère, de sorte qu’il est plus facile de s’enrichir en Afrique, en étant oisif, prétextant être proche du pouvoir, tandis que les honnêtes fonctionnaires qui se lèvent tôt et se couchent tard, sur le lit d’une journée de durs labeurs, mal récompensés.

Ces faits sont de nature à retarder le développement des pays où, en l’absence d’outils juridiques capables de protéger les deniers publics, le pouvoir UNIR exercent des influences sur le reste du système administratif, privilégiant les intérêts partisans au détriment de l’intérêt général ; ce qui révolte le plus souvent les populations.

La situation est d’autant plus compliquée que, lorsque certains malhonnêtes ont trouvé l’ingénieuse méchanceté de mettre leur appartenance politique en relief, et de faire croire qu’ils sont les plus fidèles au pouvoir, la majeure partie de la population croupit sous la misère instrumentalisée en mode de gouvernance, où le seuil de la pauvreté atteint 58% de la population, avec une croissance des plus faible de la zone Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), mettant les populations dans l’incapacité de dénoncer leur concussion.

La position du pouvoir politique au Togo permet aux partisans de UNIR de détourner, sans qu’il soit possible de les poursuivre. Car ils rendent directement service à celui qui doit les poursuivre en cas de malversation. Des crimes économiques dont les membres du parti au pouvoir sont solidairement responsables.

Un cercle vicieux qui ralentit le développement du continent, surtout dans les Etats d’Afrique où la transition et l’alternance sont presqu’un sujet tabou. L’opposition qui devrait jouer le rôle de contrepoids est réduite à la misère et soumise par le pouvoir, par la même occasion, à la corruption. L’achat de conscience est leur sport le plus prisé.

Sur le plan financier

Les budgets des Chefs d’Etat sont énormes, tandis que les hôpitaux manquent du minimum. N’y a-t-il pas nécessité de réétudier le salaire des dirigeants?

Sous d’autres cieux, le budget de la présidence est fonction du budget national.

La Communauté Internationale n’a-t-elle pas compris la nécessite de se mobiliser pour poursuivre devant la Cour Pénale Internationale, les dictateurs des pays où, depuis le sommet de la Baule, il n’y a jamais eu d’alternance pacifique? Et les mêmes bourreaux continuent de massacrer leurs populations?

Il urge que Gnassingbé Faure s’organise pour faire les réformes selon un modèle démocratique, une exigence du temps préférable à la politique de terre brûlée, qui éviterait au Togo des soucis, la démocratie étant irréversible.

Par ailleurs, le phénomène de transhumance politique à perpétuité et le débauchage dans les rangs de l’opposition, ne mettront pas fin à la tergiversation du pouvoir. La crise s’aggrave.

Aussi, existe-t-il une sorte de mépris à l’égard des oppositions des pays qui, généralement, ne disposent pas de richesses.

On remarque souvent que les grandes démocraties mènent des politiques erronées, des politiques qui ne pointent pas du doigt la vérité, mais guidées par la recherche de l’intérêt principal : l’argent. Ils sont soutenus par des observateurs électoraux fantômes dont les rapports de fin de mission de supervision électorale ne sont pas sincères et clairs.

Les principaux responsables de la coopération internationale, au lieu d’être précis dans les recommandations relatives aux périodes d’avant, pendant et après les scrutins, ces organisations internationales sont plus évasives que jamais, permettant aux dictatures de tronquer la compréhension des textes.

Le manque de moralité continue de polluer l’environnement politique au Togo, avec l’apparition de regroupements politiques dont l’objectif est de servir de béquille au pouvoir pour de l’argent.

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